16 octobre : Se jeter à l’eau

Grand soleil et ciel dégagéQuelques nuagesChaud

Journée coup de ♥ !

Pour cette deuxième journée sur Kyoto le soleil est encore au rendez-vous. J’ai planifié plusieurs jours dans cette ancienne capitale qui a tant à proposer au touriste. Kyoto est encastrée par de basses montagnes au nord, à l’ouest et à l’est par Higashiyama (東山), la montagne de l’est. Il s’agit d’un mont au delà duquel s’étend le plus grand lac du Japon : le lac Biwa (琵琶湖). Au sud de Kyoto, pas de montagnes mais une banlieue sans fin jusque Osaka, Uji ou Nara. Aujourd’hui, je retrouverai une amie japonaise et ses amies américaines en échange à l’université de Hikone, dans la préfecture voisine de Shiga (滋賀県). Nous visiterons plusieurs lieux touristiques de cette zone de Kyoto Est. Alors pourquoi se jeter à l’eau ? Bien sûr, depuis le début du voyage je m’y jette en tentant de parler tant bien que mal japonais un peu partout. Ce titre a en fait pour origine une expression que j’expliquerai plus loin.

Pavillon d'argent

Je suis heureux de pouvoir entendre un peu du dialecte de Kyoto en parlant avec la propriétaire de l’auberge. Par contre, je comprends beaucoup moins bien quand elle parle avec d’autres personnes dans le hall. Le parler de Kyoto fait partie des dialectes du Kansai au même titre que celui d’Osaka ou encore de Nara. Visiblement les feuilles d’automne ne seront pas encore au rendez-vous à Kyoto aujourd’hui. En effet, il fait encore très chaud ce matin et l’été continue en cette mi-octobre ! Je dois retrouver comme prévu mon amie à la gare de Kyoto après les portiques de contrôle principaux vers neuf heures. Comme je suis assez matinal je prends un petit déjeuner au Café du Monde, perché au premier étage avec une vue sur le grand hall de la gare de Kyoto. De cette manière, je peux voir si mon amie est en avance en mangeant deux sandwiches jambon beurre et un café noir en guise de petit déjeuner. Je redescends ensuite et vais faire des courses à la boutique en bas : une bouteille d’eau et des sortes de crêpes, spécialités de Kyoto, appelées yatsuhashi (八つ橋). Ce sont de petites crêpes crues contenant traditionnellement de la pâte de haricot mais qui peuvent être assorties à différentes saveurs : noisette, banane/chocolat… Je les achète pour les partager ce matin en nous baladant. Nous nous trouvons facilement au point de rendez-vous. Je n’aurais peut-être pas du prendre mon petit-déjeûner seul. Nous allons au Mc Donald’s pour satisfaire toutes les faims. Direction ensuite les arrêts de bus pour nous rendre vers l’est de Kyoto, d’abord vers le Ginkaku-ji (銀閣寺) – ou « pavillon d’argent ».

Pavillon d'argent et la mer du sable d'argent

Le pavillon d’argent se situe au bout d’une ruelle marchande qui monte drôlement. Ça et là des vendeurs de yatsuhashi nous font languir alors que le soleil de plomb nous écrase. Comme nous sommes samedi, il y a déjà du monde et je me dis qu’aujourd’hui nous croiserons la foule ! Nous arrivons rapidement au temple Jishô-ji (慈照寺) plus connu sous le nom de Ginkaku-ji. C’est un temple bouddhiste zen inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO. Il a été construit en 1482 par le shogun Ashikaga Yorimasa pendant l’ère Momoyama (1336-1573). Celui-ci voulait rivaliser avec le pavillon d’or. Le pavillon lui servit de demeure ; c’est le lieu où se forma principalement la culture de Higashiyama, fortement marquée par le zen. Ce temple constitue donc, selon moi, un bon point de départ pour une journée à l’est de Kyoto. Nous voyons un jardin sec non loin après l’entrée et un cône en pierre coupé à son sommet. Ce tas de pierres aurait été oublié par les ouvriers à l’époque et représenterait le symbole du Japon. Ce jardin aurait été créé par le poète Soami qui avait déjà pris en charge le très célèbre jardin du Ryôan-ji. Deux bâtiments sont classés comme trésors nationaux : le pavillon d’argent, qui est en réalité le pavillon de Kannon (観音殿), et le Tôgudô (東求道) dont l’intérieur est visible. Nous continuons le tour du temple en montant encore un peu vers un endroit qui propose une très belle vue sur le temple et Kyoto en arrière plan. Au loin, les montagnes de Arashiyama (嵐山) situées à l’opposé de la ville sont visibles. Nous sortons par une longue allée de haies, de pierres et de bambous.

Pavillon d'argent et vue sur Kyoto

Pavillon d'argent

Nous quittons le temple pour nous diriger vers le fameux chemin de la philosophie – tetsugaku no michi (哲学の道). Cet endroit tient son nom du fait qu’un philosophe empruntait cette route chaque jour. J’aperçois un vieil homme qui arrose son trottoir avec un tuyau. Cette ancienne coutume japonaise est destinée à rafraichir un peu l’atmosphère – en japonais on appelle cela l’uchimizu (打ち水), autrement dit l’arrosage. Long de quelques kilomètres, ce chemin est bordé de cerisiers qui doivent produire un bien meilleur effet au printemps. Pour le moment, il ne nous apparaît que comme une simple route plutôt banale mais peu fréquentée. Si nous l’empruntions nous pourrions aller jusqu’au Kiyomizu-dera mais le soleil tape fort. Nous préférons aller manger une glace quelque part dans le quartier de Gion que nous rallions en bus. L’une des amies américaines de mon amie voulait tester un des restaurants qui vend des glaces très sophistiquées. Pour ma part, je prends une coupe avec une glace au parfum thé vert et des fruits 🙂 Nous rejoignons ensuite un konbini au coin de la rue près du sanctuaire Yasaka-jinja, histoire d’emporter quelque chose à grignoter au cas où, la glace coupant l’appétit. Nous reprenons un bus à proximité vers un autre temple de Kyoto : le Kiyomizu-dera (清水寺).

Pagode du Kiyomizu-dera

Encore une fois, il y a du monde à proximité de ce temple très connu de Kyoto qui aurait été érigé en 798 puis reconstruit sous sa forme actuelle au XVIIème siècle. Le kiyomizu-dera regroupe en réalité plusieurs temples sur le flanc de la montagne Higashiyama. Le temple tire son nom de la chute d’eau voisine, kiyomizu signifiant « eau de source ». Parmi les bâtiments notables il y a une pagode à trois étages et le bâtiment principal en bois, surélevé par de hauts piliers. Le temple propose une belle vue sur la ville grâce à une plateforme en bois bien placée. Il y a également un autre lieu de culte à l’intérieur du temple, qui est en fait un sanctuaire shintô. Il existe en japonais une expression qui fait référence au temple : kiyomizu no butai kara tobioriru (清水の舞台から飛び降りる) qui signifie « se jeter à l’eau ». Nombre de pèlerins ont sauté du haut du temple croyant que si ils survivaient, leur vœu se réaliserait… Pour ma part, je conserve prudemment le sens figuré de cette expression. Par exemple, je tente jour après jour de progresser en japonais en me jetant à l’eau et essayant de parler spontanément.

Du haut du Kiyomizu-dera

Sannenzaka

Nous descendons du kiyomizu-dera puis prenons un escalier de pierres. En bas, se dressent deux collines où sont construites d’anciennes boutiques en bois. C’est un peu un quartier traditionnel, au même titre que Gion. La colline Sannenzaka (三年坂) est réputée pour être la route qu’empruntent les pèlerins après être passés au kiyomizu-dera. De nombreuses boutiques de souvenirs bordent la rue. Nous tombons sur une boutique dédiée à l’univers du studio Ghibli. Des statues de jizô (地蔵) nous accueillent. Plus loin, nous surprenons des maiko (舞妓) au bout d’une ruelle. Elles sont en train de se prendre en photo… Mon amie japonaise trouve cela bizarre, d’autant plus qu’elles se baladent à trois. D’après elle, ce ne sont pas de vrais maiko car celles-ci se promènent plutôt seules ou à deux. Elles sont pourtant très vraies : superbe kimono, maquillage. Il faut faire attention de ne pas confondre geisha et maiko. À Kyoto, on dira plutôt geiko (芸子) pour désigner une geisha accomplie tandis qu’une geiko apprentie sera appelée maiko. Je précise également – pour éviter toute confusion – que les geishas ne sont pas des prostituées mais des dames de compagnie.

Fausses maiko ?

Statue de Kannon

Nous continuons par le chemin Ninenzaka (二年坂) qui fait suite via une route perpendiculaire. Il y a là un parc. Nous décidons de marquer une pause. Je remarque un plan qui indique un autre lieu touristique que longe le chemin. Nous nous y dirigeons. Au delà du parking, il y a un lieu dédié aux soldats inconnus morts pour la patrie pendant la seconde guerre mondiale. C’est le mémorial Ryôzen Kannon (霊山観音) où se dresse une statue en béton de 24 mètres représentant Kannon. Cette statue a été érigée en 1955 dix ans après la fin de la guerre. La rue Nene (ねねの道) fait suite au chemin Ninenzaka. Nene était l’épouse de Toyotomi Hideyoshi (豊富秀吉), l’un des généraux qui unifia le Japon à la fin du XVIème siècle pendant la période Sengoku. Sur la droite, nous passons devant le Kodai-ji (高台寺), sans y entrer par manque de temps. Nene devint nonne après la mort de son mari puis fonda ce temple. Nous continuons notre route vers le sanctuaire Yasaka-jinja en passant pas loin du parc Maruyama. À noter les belles lanternes accrochées en haut des bâtiments. Les priants font sonner une grosse cloche pour faire connaître leur présence à la divinité kami (神様).

Sanctuaire Yasaka-jinja

Minamiza, théâtre de Kabuki à Gion

Ce sanctuaire organise l’un des plus gros festivals du Japon chaque été en Juillet : le festival de Gion, quartier connexe d’où l’on peut voir le grand torii vermillon du sanctuaire par l’avenue Shijô (四条通). Il y a un autre lieu de culte dans le parc Maruyama, c’est le temple Chion-in (知恩院) situé au nord-est. Il se tient là-bas l’un des trois marchés aux puces de Kyoto, chaque 15 du mois. Pour l’heure, le ciel commence à s’assombrir et l’horloge tourne. Nous décidons de retourner dans Gion doucement à la recherche d’un restaurant. Ce quartier est le plus célèbre hanamachi (花街) de Kyoto voire du Japon. C’est ici que vivent et exercent les geishas. Nous passons devant le Minamiza (南座), théâtre de kabuki où des représentations ont encore lieu. Nous continuons notre chemin au delà de la rivière aux canards, la kamogawa (鴨川) qui traverse Kyoto de part et d’autre. Cette rivière est apparemment un lieu de ballade fameux.
Peu après le pont nous trouvons un immeuble avec plusieurs restaurants. Au cinquième étage, le serveur nous dit que ce n’est pas possible d’entrer mais mon amie japonaise arrive à négocier une table pour nous six. Je crois que la personne hésitait parce qu’il y a visiblement une petite fête à la table voisine. Peu importe nous serons discrets 😉 La carte propose pas mal de plats. Je choisis des frites et de la viande de bœuf de Kobe wagyû (和牛). Cette viande est réputée pour être très tendre et de haute qualité. Les éleveurs sont aux petits soins pour leurs bêtes : massages, musique classique pour détendre… Cependant, l’année 2010 a été marquée par ce que l’on pourrait appeler la « vache folle japonaise ». De nombreuses bêtes ont été abattues. La part que je suis en train de manger est donc plutôt rare et je ne me fais pas de souci quant à sa qualité.
Nous quittons assez tôt le restaurant car mes amies doivent rentrer en train assez loin. Mon amie japonaise me montre une route très connue de Gion puis nous nous quittons. La rue Hanamikôji-doori (花見小路通) est un passage du quartier de Gion aux constructions en bois traditionnelles. Il semble qu’il n’est pas rare d’y croiser des maiko. De nombreux étrangers peuplent cette rue à l’atmosphère sympathique. Pour ma part, je n’en croiserai pas. Je m’en retourne vers l’arrêt de bus en passant devant l’une des plus fameuses ochaya de Gion au croisement des deux rues. Il est possible de profiter des services des geiko de cette maison pour quelques milliers de yens. L’ochaya (お茶屋) est le lieu où les geiko exercent tandis que l’okiya (置屋) est l’endroit où elles sont formées par la maîtresse des lieux.


Spectacle d’eau et lumière Aqua Fantasy

Je prends un premier bus qui me dépose entre deux artères très fréquentées de Kyoto où se trouvent des bâtiments plus grands et plein de magasins. Il faut savoir que Kyoto a gardé sa forme d’antan en damier qui était le standard des capitales chinoises sur laquelle elle s’est basée il y a 1200 ans. C’est pratique pour se repérer et les arrêts de bus portent les noms des croisements. Par exemple, il y aura un arrêt de bus Karasuma Shijô (烏丸四条) à l’intersection entre les avenues Karasuma et Shijô. De retour à la gare, je m’aperçois que devant il y a un spectacle aquatique de sons et lumières. Chaque soir, l’Aqua Fantasy propose un spectacle de ce genre toutes les heures jusque 22 heures. L’occasion de réviser mes classiques comme « Une petite musique de nuit » de Mozart (à 6’33 sur la vidéo). Avec une journée si chargée et variée, je peux aller me coucher tranquille et préparer la suite du voyage car demain je quitte déjà Kyoto (temporairement) !

Vous pouvez consulter les photos de cette journée. Les photos des autres journées sont également disponibles. Elles apportent un supplément visuel à chaque article. Chacune est localisée et comporte une légende. N’hésitez donc pas à y laisser vos commentaires ou questions !

12 thoughts on “16 octobre : Se jeter à l’eau”

  1. Etant fan de la période Sengoku, les grandes guerres entre les différentes factions et surtout des grands généraux (Nobunaga Oda, Kenshin Uesugi, Shingen Takeda, …), je suis très impressionné de l’architecture du temple fondé par Néné.

      1. Oui, je suis devenu fan de Sengoku Basara dès le début mais c’est le jeu Samurai Warriors qui m’a mis sur la voie de la période Sengoku.

  2. Salut !
    Je suis allée à Kyoto et Nara
    pour voyage scolaire de fin d’etudes quand je étais petite.
    Bien sûr, j’y suis allée bien des fois.
    Tu as bu de l’eau de souhaite au Kiyomizu-temple ? ; ) qu’il genre ?
    Merci, pour ta info sur Kyoto !
    Grace à ton blog, je veux aller à Kyoto.

    À bientôt !

  3. Ce que j’avais préféré à Kyoto c’était ce fameux 哲学の道…
    Après un mois et demi à Tokyo, j’avais énormément apprécié le calme et la beauté (simple) du chemin. Je ne sais pas comment expliquer, mais j’avais l’impression de comprendre pourquoi ce philosophe aimait passer par là. C’est le premier endroit où j’irai quand j’y retournerai ! 🙂
    Sinon pour les Geisha, tu es sûr que c’en est bien ? Parce que normalement quand elles voient les appareils photos elles s’enfuient. En fait il y a des prostituées qui se déguisent en Geisha à Kyoto, pour appâter les étrangers qui croient que les Geisha sont des prostituées, et qui par la même occasion se laissent photographier (j’en ai pris plein en photo, toute fière de moi, et après un ami japonais originaire de Kyoto m’a dit que je m’étais faite avoir ;_;)

    En tout cas tes photos sont toujours aussi magnifiques ! Ça donne envie d’y retourner !

    1. Sérieux ce chemin ne m’a pas marqué. Peut-être qu’au printemps c’est plus sympa !
      Oui, comme je le dis dans l’article les geiko que nous avons croisé n’en étaient très probablement pas…
      En ce qui concerne la chasse aux geiko, je pense que si c’est demandé poliment et doucement ça passe 🙂
      Je ne savais pas que des prostituées se faisaient passer pour ce qu’elles ne sont pas à Kyoto !
      Merci pour ton commentaire, encore une fois, pertinent ! Tu peux aussi consulter la galerie de photos de cette journée.

      1. En fait il n’a rien d’extraordinaire, mais je sais pas je devais être dans une humeur particulière qui m’a fait apprécier le côté serein du lieu. En plus dans la rivière j’ai vu un héron attraper un poisson dans l’eau à quelques centimètres de moi. Je devais être (naturellement) stone car j’ai trouvé ça magique. Mais les deux filles qui étaient avec moi étaient dans le même trip je crois, donc on est ressorties de là complètement zen 🙂
        Sinon au printemps c’est très beau, il y a des sakura partout !!

        Moi je dis qu’elles fuient parce que j’ai vu une bande d’Américains courser une geiko dans la rue, la pauvre elle avait l’air désespérée ! :-s
        Donc j’ai préféré la laisser tranquille ^^

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