13 octobre : Autour du mont Fuji

Quelques nuagesTempérature moyenne

La découverte des alentours du mont Fuji continue autour de la région des cinq lacs. J’ai mis le réveil assez tôt car il paraît que le mont est visible plus facilement de beau matin. En effet vers six heures je le vois de ma chambre. Il n’y a pas encore de neige éternelle au sommet. Un autochtone m’expliquera plus tard qu’elles arriveront d’ici peu (fin octobre) mais je ne serai plus là. Au programme aujourd’hui, la montée du mont Kachi Kachi sur le côté est du lac Kawaguchiko puis une visite imprévue au départ. Je pensais à l’origine m’avancer à pied au plus près du mont Fuji mais finalement vu le temps j’ai changé d’avis. À la lecture du Guide Vert, un lieu me tente tout de suite : un village ancien près du lac Saiko situé à l’ouest de là où je me trouve.

Mont Fuji

Première fois que j’ai le droit à un petit déjeuner japonais en dehors de l’hôtel à Tokyo. C’est inclus dans le service cette fois-ci contrairement à Nikkō. Je parle avec le cuisinier en mangeant le petit déjeuner japonais, qui est plutôt salé et complet : riz, soupe, poisson entier, tsukemono… autant dire que je suis blindé pour partir affronter l’étape du matin. Il fait plutôt clair et bon ce matin. Malgré cela après avoir pris le petit déjeuner et être sorti, le mont Fuji est déjà à moitié dans les nuages… Je fais route vers la gare avec des écoliers aux chapeaux jaunes qui me sortent des « Hello, hello ! ». Mais non les enfants tous les étrangers ne sont pas étasuniens ! Mes réponses en japonais les font rigoler 🙂 Arrivés près de la gare des personnes qui ressemblent à des parents d’élèves font la circulation pour laisser passer les enfants. Je fais quelques emplettes dans le magasin que j’avais repéré la veille à l’intérieur de la gare : des friandises au raisin, un éventail… Je vais prendre le rétrobus devant la gare. Il faut attendre un peu avant le premier bus. Le chauffeur de bus astique son rétrobus à côté de la gare. Il ne tarde pas trop. Je monte dedans, direction l’arrêt Yuransen Ropeway Iriguchi.

Ville de Kawaguchiko

Je vais prendre plusieurs photos au bord du lac. Il est possible d’embarquer sur le bateau « Ensoleillé » (vrai nom) pour une croisière sur le lac. Le téléphérique se trouve à quelques mètres de là de l’autre côté de la route. Il mène un peu plus haut sur le Mont Kachi Kachi (カチカチ山). Là se trouve un point d’observation qui propose une vue excellente sur le lac et la ville de Kawaguchiko. Le visiteur voit est censée également avoir une vue sans pareil sur le mont Fuji avec le parc d’attractions Fuji-Q Highland en premier plan. Il y a là la cloche de Tenjo (天上の鐘) qui porte le véritable nom du mont où je me trouve. Il est dit que celui qui agite la cloche en agitant le mont Fuji se verra exaucer son voeu. Le mont Fuji est toujours masqué…
Des panneaux indiquent un chemin qui semble mener vers le sommet à travers la forêt. Je me tâte en me disant que je m’embarque dans une marche de plusieurs heures mais finalement je me lance ! Il fait encore très chaud en cette journée de mi-octobre. L’ombre des arbres fait du bien lors de l’ascension par le chemin de terre. Je ne suis pas en baskets mais ça se grimpe facilement. Le sommet pointe son nez assez rapidement au bout d’une vingtaine de minutes. Je me rappelle l’ascension du terril pas loin de chez moi, couvert lui aussi de végétation. Le sommet est à 1104 mètres. Il y a là le petit sanctuaire Komitake et quelques bancs. Un couple helvète est déjà là. On discute un peu des alentours. Ils descendent avant moi. Je prends des clichés du mont Fuji à travers les branches. Celui-ci peine à se montrer à mon grand désespoir 🙁

Mont Fuji, masqué par les nuages...

Plutôt que de redescendre par le téléphérique j’emprunte le chemin à pied ! Je n’ai pas le choix si je veux voir le monument de Dazai Osamu. Il est bien connu qu’il est plus compliqué de descendre une montagne que de la monter… Mes genoux en ont pris un coup. Il y a à peu près 30 40 minutes de descente, seul sur un chemin de terre à l’ombre. Des panneaux indiquent régulièrement : « Ne pas donner à manger aux singes ! ». Véridique. Il y a des singes dans la nature au Japon comme je l’expliquerai dans un prochain article. J’arrive dans une petite clairière où se trouve le monument de Dazai Osamu. Cet auteur de la première moitié du XXème siècle est bien connu en occident, notamment pour son roman « La déchéance d’un homme ». Le monument est une pierre dédiée à la mémoire de l’écrivain. Il a écrit un conte appelé otogizoushi (御伽草子) en 1945 dont l’histoire prend place sur ce mont. L’inspiration pour ce conte provient vraisemblablement d’une légende du folklore japonais. Une citation attribuée à Dazai Osamu figure sur la pierre : « qu’y-a t-il de mal à être amoureux ? » – horeta ga warui ka (惚れたが悪いか). Cette inscription m’apprendra avant tout un nouveau kanji !

Peu avant la fin du chemin, il y a un sanctuaire un peu caché par les feuillages. Il s’agit d’un espace où sont honorés les soldats morts pour la patrie. Ce sanctuaire construit en 1995, appelé gokoku-jinja (護国神社) me rappelle un peu celui de Yasukuni à Tokyo, qui a la même fonction dans une toute autre dimension, notamment politique. Non loin de là il y a également un jardin d’hortensias. Je n’y vais pas. De toute façon d’après la brochure il faut les voir plutôt fin juillet début août. Je retourne à l’arrêt de bus pour aller à la gare. Un homme crie dans la rue pour attirer le chaland dans son restaurant. Je me laisse tenter il a l’air cool, on parle en japonais pendant qu’il me prépare un plat de soba avec du kimpira (金平) bien bon, bien garni et peu cher (moins de 5 euros). J’achète ensuite un kaki bien juteux à l’un des vendeurs devant la gare pour 100 yens. Le prochain bus arrive sous peu. Cette fois-ci, je prends l’autre ligne vers le lac Saiko.

Village ancien d'Iyashi no Sato Nemba

Maison traditionnelle de l'ancien village

C’est parti pour 40 minutes de rétrobus à longer le lac Kawaguchiko puis le lac Saiko à l’ouest. Le terminal de cette ligne est juste deux arrêts plus loin de là où je m’arrête. Le village traditionnel Iyashi no Sato (いやしの里) a été reconstruit ici en 2003 suite à une catastrophe naturelle. La forme des maisons me rappelle le village préhistorique de Samara dans la Somme, où sont reconstituées des maisons d’hommes préhistoriques. Les constructions sont beaucoup plus récentes dans ce village. Une centaine de gens vivaient là jusqu’en 1963 quand un typhon a tout détruit, ayant engendré une coule de boue qui a tout emporté sur son passage.

Maison traditionnelle japonaise

Patience, l'automne arrive...

Le village est constitué de 23 maisons qui exposent différents savoir-faire qui se perdent. À l’entrée, une carte m’est fournie avec des explications sur chaque maison. Bien que je fasse le rapprochement avec Samara, l’architecture des maisons est bien caractéristique. Les toits sont en chaume et en forme de casque de samouraï. Cette forme spécifique porte le nom de kabuto-zukuri (兜造り), c’est à dire grosso modo « en forme de casque ». Les maisons sont très typées et me rappellent certains villages picards. La construction de celles-ci se perd. Aujourd’hui, peu d’artisans sont encore capables de réaliser de telles maisons… L’une des manières d’empêcher la disparition totale de tels savoir-faire est peut-être de visiter ce genre de village. Comme la maison traditionnelle japonaise classique, celles du village sont surélevées et il faut se déchausser pour accéder à l’intérieur de certaines. Dans la maison de repos par exemple (n°5) il faut se déchausser pour aller prendre un thé sur les tatamis.

Armure de samouraï

Sur les 40 maisons d’origine, un peu plus de la moitié ont été reconstruites. Chacune propose une activité originale :

  • spécialités locales (biscuits apéritif, pâte de haricot, gâteaux de riz)
  • maison de thé
  • artisanat rustique
  • four à charbon
  • scène pour spectacles
  • salle d’expositions d’artistes de la préfecture de Yamanashi
  • maison d’exposition d’artisanat ayant reçu des prix
  • maison de protection contre les incendies : devant cette construction se trouve un tocsin perché en haut de ce qui ressemble à une échelle, lorsqu’un incendie se déclarait le tocsin était sonné. Au rez-de-chaussée se trouvent des kimonos ainsi que des équipements de samouraïs dont notamment des armures, des casques kabuto et différents armes dont des mousquets et des sabres. Saviez-vous que George Lucas s’est inspiré de ces armures pour le costume de Dark Vador ? Il a d’ailleurs puisé beaucoup dans la culture japonaise. Certains films d’Akira Kurosawa auraient servi d’inspiration pour « La guerre des étoiles ». C’est vrai que la démarche de R2D2 et de C3PO rappellent beaucoup celle des deux protagonistes de « La forteresse cachée ». Bref. La dame à l’accueil me donne une clémentine japonaise mikan (蜜柑), qui est étonnamment jaune comme un pamplemousse.
  • maison de poterie et d’encens
  • artisan qui travaille avec du papier japonais washi (和紙)
  • atelier de poterie où des kappa (河童) accueillent le visiteur à l’entrée. C’est un monstre de l’imaginaire japonais qui est connu pour vivre en milieu aquatique et que l’on retrouve beaucoup dans la culture populaire et la littérature japonaise.
  • œuvres et décorations textiles
  • maison des souvenirs, où sont vendus des spécialités de la préfectures et des objets réalisés à la main.
  • deux restaurants de soba
  • la vieille maison des Watanabe, une habitation rénovée pour recréer l’atmosphère de l’époque où la culture de la soie était foisonnante.

Le village est coupé par une rivière. C’est par cette rivière qu’est arrivée la catastrophe en 1963. En effet, suite à un typhon important il y a eu des coulées de boues qui ont tout détruit. C’est pourquoi l’une des maisons comporte un musée de l’érosion et du contrôle des sédiments. Il regroupe les documents, données visuelles et dioramas liés au typhon qui toucha la zone de Nenba, ainsi que des travaux de prévention contre l’érosion. Des aménagements ont été fait pour empêcher ce genre d’événements de se reproduire. La rivière est très basse par rapport au village. Il y a un moulin à eau. Je retourne près du parking pour attendre le dernier bus. Pour patienter, je discute avec des vendeurs qui sont là visiblement chaque jour pour vendre leurs spécialités : des fruits, des légumes, de la confiture. Le rétrobus arrive enfin alors qu’il commence à faire plutôt frais. La nuit s’apprête à tomber. Si j’avais loupé le bus je me voyais mal faire 10 bornes jusqu’à l’hôtel à pied ! Je suis persuadé que les gens avec qui j’ai discuté m’auraient raccompagné 🙂 J’ai vraiment senti une volonté d’être serviable en discutant avec ces gens sur le parking. J’aurais croisé peu d’étrangers pendant ces deux jours, voire peu de gens tout court, au point de recroiser deux fois un couple de retraités japonais et une femme. Ce soir, je retourne au konbini du coin pour acheter des soba (et oui comme ce midi !) que l’employé me fait gracieusement réchauffer. Comme la veille, je finis la journée à l’hôtel pour faire le point sur ma journée et préparer celle qui arrive.

Vous pouvez consulter les photos de cette journée. Les photos des autres journées sont également disponibles. Elles apportent un supplément visuel à chaque article. Chacune est localisée et comporte une légende. N’hésitez donc pas à y laisser vos commentaires ou questions !

6 thoughts on “13 octobre : Autour du mont Fuji”

  1. Une fois de plus, je suis subjugué par tes articles, c est tellement bien décrit qu’ on arrive a s’y projeter! Vivement le prochain 😛 see ya mec !

  2. Coucou !
    Je suis allée aussi au mont Kachi kachi !
    Quand j’étais petite, ma mère m’a raconté un histoire de Kachi kachi – Yama. : )
    Je n’ai pas connu  » Kabuto-Zukuri » ! C’est intéressent ! Merci !

    1. Coucou ! C’est une histoire bien connue des japonais non ?
      J’adore l’architecture en général et donc celle des bâtiments que j’ai croisé pendant mon voyage.
      Merci pour ton commentaire 🙂

  3. Alors, c’etait le sejour super, n’est ce pas? En effet, Le KAPPA, j’ai essaie de traduire le troll d’eau,par ce que le monstre,c’est un peu…

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