Obon, la fête des morts japonaise

En plein milieu de l’été, alors que la plupart des étudiants et élèves sont en vacances a lieu la fête des morts japonaise. Cette fête appelée Obon (お盆) est plus ou moins l’équivalent de la fête des morts de la Toussaint du calendrier chrétien. Cette fête bouddhiste représente pour de nombreux japonais une période de congés plus que pour les français qui prennent finalement peu de vacances pour la Toussaint.

Osurasma, or praying a soul out of purgatory
Sketches of Japanese Manners and Customs – J. M. W. Silver – 1867

Le mot obon est en fait bon avec la particule honorifique o. Il dérive du nom d’un soutra appelé urabon’e (盂蘭盆会) qui signifie « pendu par les pieds en enfer ». Les offrandes faites aux morts durant cette fête sont destinées à apaiser leur souffrance dans l’au-delà et le remercier par là-même de leurs sacrifices accomplis pendant leur vie. La fête dérive d’une fête chinoise et ressemble par de nombreux aspects à la fête des morts mexicaine.

C’est une fête d’origine bouddhiste. Il est dit qu’un disciple de Bouddha appelé Mokuren a eu une vision de sa mère tourmentée dans l’au-delà. Inquiet ce dernier s’enquit de demander à son maître comment il pourrait mettre fin à ses souffrances. Ce dernier lui répondit qu’il lui fallait organiser une grande fête pour célébrer les morts le quinzième jour du septième mois lunaire. Le disciple fit selon les consignes de Bouddha et sa mère fut libérée. Il dansa tellement sa joie fût énorme. C’est de là que provient la danse de Obon ou Bon Odori (盆踊り). Cette danse d’Obon a lieu dans différents endroits du Japon et de différentes manières. Il y en a eu une, un peu revisitée, il y a quelques semaines dans le quartier de Ikebukuro à Tokyo. Le plus grand festival de danse du Japon a d’ailleurs lieu pendant Obon du 12 au 15 août sur l’île de Shikoku à Tokushima.

Si un objet devait représenter Obon ce serait la lanterne ou chôchin (提灯). Cet objet est accroché pendant cette période devant les maisons pour guider les âmes des défunts vers leur demeure d’origine. De ce fait Obon est également appelé la fête des lanternes. Des offrandes sont également faites aux morts qui reviennent dans le monde des vivants pendant cette fête. La maison japonaise abrite d’ailleurs un emplacement pour les ancêtres. Les âmes des défunts sont accueillis au début de Obon par le mukaebi (迎え火) et renvoyées le dernier jour par le okuribi (送り火).

Il existe différentes dates pour fêter Obon :

  • La date traditionnelle du quinzième jour du septième mois lunaire, qui varie. Cette date est appelée le kyûbon (旧盆), c’est à dire Bon « à l’ancienne ».
  • À la mi-août à des dates fixes allant du 13 au 15. Cette date est la plus courante et est celle reconnue officiellement par comme date nationale.
  • À la mi-juillet du 13 au 15 notamment dans l’est du Japon dans la région du Kantô et du Tôhoku. Cette date est restée suite au changement du calendrier lunaire vers le calendrier solaire grégorien au début de l’ère Meiji (1868-1912).

Malheureusement cette année seul le 15 tombe un jour de semaine (le lundi). Les trois jours dédiés à Obon sont l’une des trois seules périodes de l’année où les salariés japonais peuvent se permettre de prendre des congés avec le Nouvel An et la Golden Week. Personnellement, je ne partirai pas en vacances au Japon pendant ces périodes !

La perception de la mort au Japon doit sûrement différer de celle que l’on a occident. La mort dans l’Histoire du Japon a parfois été ressentie pour échapper au déshonneur comme en témoigne le suicide rituel seppuku (切腹). La peine de mort est encore malheureusement en application au Japon avec chaque année une dizaine de condamnés à mort par pendaison.

Il est souvent dit qu’un japonais naît et se marie shintô (ou catholique) et meurt bouddhiste. Je vous invite à lire la page Wikipédia sur les rites funéraires au Japon. Vous pouvez aussi regarder le film Departures – Okuribito (おくりびと) en japonais. Ce long métrage a remporté l’oscar du meilleur film en langue étrangère en 2009. Il raconte l’histoire d’un musicien au chômage qui répond à une offre d’emploi dans les pompes funèbres. C’est un film magnifique qui fait réfléchir sur la mort et permet de découvrir quels sont les rites funéraires japonais. Les musiques ont, en plus, été composées par Joe Hisaishi !

Schéma d'une tombe japonaise
Schéma d’une tombe japonaise

Les tombes japonaises diffèrent des tombes occidentales. Les caveaux de famille sont marqués par le nom de famille suivi du kanji -ke no haka (家之墓) qui signifie « tombeau de la famille… ». Par exemple, « tombeau de la famille Tokugawa » s’écrira Tokugawa-ke no haka (徳川家之墓). De préférence les tombes sont décorées de fleurs blanches appelées osonaebana (お供え花) même si il n’y a pas de règle établie. La visite d’un défunt au cimetière se dit ohakamairi (お墓参り). La majorité (tous ?) des japonais se font incinérer (99.8 % des décès d’après Wikipédia) comme le veut le bouddhisme. Vous pouvez lire ce passage en japonais expliquant le pourquoi de cela.

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