7 octobre : Diverses cités de Tokyo

Quelques nuagesChaud

Journée coup de ♥ !

Aujourd’hui, c’est une autre journée encore plus marquée par les multiples facettes de la ville de Tokyo. Cette ville qui ne dort jamais, peut se vanter de proposer des atmosphères variées selon les quartiers. Le centre ville est un concept inconnu ici. D’aucuns considèreront le palais impérial comme le centre symbolique de la ville. Tokyo apparaît au premier abord – pour le touriste – comme un patchwork géant et chacun peut s’imaginer son propre centre. Il existe une multitude de quartiers et certains sont réputés pour être préférés lors du choix d’un logement à Tokyo.

L’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt. D’après ce que j’avais lu avant de partir c’était plutôt le marché aux poissons. Réveil matin 4h30 donc pour prendre le métro et tenter d’assister aux enchères dans le plus grand marché aux poissons du monde. Situé, dans l’arrondissement de Chuo (中央区), le marché aux poissons de Tsukiji (築地市場) fait face à la baie de Tokyo. Le bon côté de prendre le métro de si bon matin est qu’il n’y a pas trop de monde. Une fois arrivé près du marché, la foule est plus dense et une odeur nauséabonde de poisson se dégage.

Marché de Tsukiji

Thon rouge

C’est une vraie fourmilière, et se balader entre les étals nécessite une attention particulière. Des chariots déboulent à toute vitesse d’un peu n’importe où et l’accident peut vite arriver. Il est conseillé de porter des bottes pour circuler ici. Ce conseil est difficilement applicable pour le touriste. Encore une fois pas mal d’étrangers ici, mais les fameuses enchères ne sont pas évidentes à trouver. Finalement, en circulant dans les allées on se rend compte du marchandage qui a lieu à chaque stand. Il y a beaucoup d’espèces de poisson et, à part le thon rouge, j’ai du mal à bien les distinguer. Si il y a bien une chose à une pas oublier en venant ici c’est il s’agit bien d’un marché (comprendre : il y a du bruit, de l’agitation, des odeurs).

Je ne reste pas bien longtemps au milieu de toute cette agitation. C’est le parcours du combattant pour ressortir vers le quartier de Tsukiji. Pour ma part je ne conseillerai pas cet endroit de Tokyo, pourtant décrit comme incontournable par bon nombre de blogs et guides. Je le conseillerai encore moins tôt le matin, où les sens sont complètement déréglés par le bruit et l’odeur. Certes, le spectacle est sympa pour les yeux : beaucoup d’espèces de poisson, la découpe, la vente à la criée… mais tout cela ne vaut pas vraiment le détour, ça reste un marché quelconque pour moi.
Le ciel est dégagé ce jeudi matin et je continue ma route vers un temple qui a attiré mon attention lors de mes recherches sur Google Maps. Ce temple est situé dans le bloc 3 de Tsukiji. Sur la route, il y a plein d’échoppes qui vendent du poisson ou des plats de la mer. L’odeur de sel me poursuit. C’est l’architecture et la taille du temple qui ont attiré mon attention vers le Tsukiji Hongan-ji (築地本願寺). Ce temple bouddhiste dépend de l’école de la Terre Pure Jodo Shinshu (浄土真宗). Dans le bâtiment principal, il y a un mémorial dédié à Matsumoto Hideto, ancien guitariste de X-Japan. De nombreux salarymen se rendent aux cérémonies et j’ai pu par hasard assister à la fin de l’une d’entre elles ce matin-là. Les moines récitent des soutras okyō (お経) et les gens prient. L’ambiance ressemble beaucoup à celle d’une église catholique.

Tsukiji Hongan-ji

Je reprends le métro pour la station voisine de Shiodome (汐留). Comme j’ai de l’avance, je prends tout mon temps pour explorer les coins entre Shiodome et Shimbashi. Ici, c’est une jungle de gratte-ciel. Je me dirige d’abord au pied de la tour de Nippon Television où se situe une horloge assez spéciale, conçue par le studio Ghibli d’après « Le château ambulant ». Il semble qu’il y ait une animation mais je n’ai pas le temps d’attendre 10h15. Je me situe sur une plate-forme entre plein de buildings où travaillent de nombreux salarymen, que je vois d’ailleurs affluer en masse depuis la station Shimbashi.

Nippon Television Tower

Miyazaki's Big Clock

Il est assez facile de se perdre dans l’entremêlement d’escalators, d’escaliers, de plateformes. Pourtant, je m’en sors pour retrouver mon chemin vers la Nakagin Capsule Tower. Cette tour a été construite en 1970 par un architecte très connu au Japon. Elle représentait à l’époque une vision futuriste de l’architecture. La façade me paraît un peu sale de là où je me tiens. Les cellules sont indépendantes et imbriquées les unes sur les autres. L’espace doit être très réduit à l’intérieur, ce qui illustre bien le manque de place pour l’immobilier au Japon. Je rebrousse doucement chemin vers le métro, en passant devant le siège de Panasonic. On peut apercevoir un monorail qui zigzague entre les buildings à une dizaine de mètres de hauteur. C’est le yurikamome (ゆりかもめ), littéralement la mouette, que j’aurai l’occasion d’emprunter un autre jour.

Wako Ginza

J’ai encore rendez-vous avec Satsuki vers 11h à Ginza. Le quartier est juste à côté, on peut prendre la ligne Ginza du Tokyo Metro à partir de Shimbashi. D’autres trajets existent aussi (dont la ligne Keihin Tohoku de JR si on possède le Japan Rail Pass). Comme je suis encore à l’avance j’en profite pour faire le tour du quartier qui est énorme et plein de gratte-ciels.
Le quartier a connu beaucoup d’immeubles de style occidental à la fin du XIXème siècle mais seul le Wako (ci-dessus) semble avoir résisté au temps. L’horloge en haut a été fabriquée par le fondateur de la marque Seiko. Je crois passer près de l’endroit où était l’ancien théâtre de Kabuki. Il est en reconstruction et je passe justement près d’une zone en travaux. Je me dis que c’est là mais en fait pas du tout, je me trouve à Kyobashi (京橋) qui est à l’opposé du théâtre Kabukiza (歌舞伎座). Pas de bol, c’est mon lieu de rendez-vous. Il est à dix minutes de marche vers le sud mais ce n’est pas grave, la rue qui y mène est pleine de ces boutiques de luxe qui font la réputation du quartier. Heureusement, les policiers du koban me donnent une carte de Ginza en anglais bien détaillée avec les noms des magasins.

Apple Store Ginza

Cartier Ginza

Je remonte donc le bloc 1 de Ginza, puis le bloc 2 et le bloc 3. Les boutiques des grands noms du luxe et de la mode se succèdent : Bvlgari, Cartier, Chanel, Dior, Emporio Armani, Gucci, Louis Vuitton… Il y a aussi un Apple Store, j’y entre par curiosité, c’est bien aéré et propre sur soi, j’esquisse un sourire mesquin.
Une petite anecdote. J’ai téléphoné à mon amie près du koban (poste de police) de Kyobashi. Et une pancarte en japonais a attiré mon attention. Sur celle-ci on peut lire « accidents de circulation d’hier : 0 mort – 181 blessés ».

Koban à Ginza

Je retrouve mon amie en face du Matsuya, à côté de la boutique Vuitton. Nous nous trouvons facilement dans une foule importante. Il y a plein de monde pour un jour de semaine. Mon amie m’explique que c’est un quartier réputé pour la mode et le luxe mais que la clientèle est plutôt d’un certain âge. Nous rentrons dans quelques boutiques au hasard. J’ai envie aussi de voir à quoi ressemblent les fameux depachika (デパ地下) : abréviation de department chika デパートメント地下, autrement dit « magasin en sous-sol ». Des boutiques classiques mais où les prix sont très élevés, notamment sur les fruits. En général, ces magasins sont reliés aux stations de métro chikatetsu (地下鉄).

Direction maintenant le palais impérial, considéré par beaucoup comme le centre de Tokyo. Le palais est à moins de 5 minutes en métro de Ginza. Dans la station où nous sommes descendus, il y avait des statues à l’effigie des signes du zodiaque. Je crois bien que c’était la station Otemachi, qui semble être la plus proche de l’entrée du palais. Pas grand chose à voir retenir du palais finalement, car l’entrée du palais est interdite et on peut seulement se balader dans le parc. C’est la résidence actuelle de l’Empereur du Japon Akihito (明仁, qui portera le nom posthume de Heisei Tennō (平成天皇), qui correspond aussi à l’ère en cours au Japon, l’ère Heisei (depuis 1989). Le château est bâti sur l’ancien château d’Edo (ancien nom de Tokyo avant 1868). De ce château ne restent que les douves et certains vestiges. Le palais est dans l’arrondissement de Chiyoda (千代田区), l’un des plus petits des 23 arrondissements de Tokyo. Pendant la bulle spéculative des années 80, les 7,41km² qui constituent la superficie du palais valaient plus que l’état de Californie.

Entrée du palais impérial

Bâtiment annexe du palais impérial

1.7 km - Cerisier Someiyoshino

Après avoir fait un tour rapide dans les jardins à l’est du palais, nous partons manger un sandwich rapidement dans un snack en contournant un peu les douves. On peut remarquer des inscriptions par terre sur le trottoir qui fait le tour du palais impérial. Le tour (皇居一周) fait à peu près 5 kms, mais le temps manquant nous avons passé notre chemin. La prochaine étape se trouve au nord, nord-ouest du palais. Il s’agit là encore d’un parc. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, les espaces verts sont nombreux à Tokyo : les jardins du Hamarikyu, le parc Ueno, le parc Yoyogi ou encore le parc Kitanomaru, que nous allons précisément traverser. Rien de bien extraordinaire, c’est un simple parc et on marche lentement en discutant. La suite est plus intéressante puisqu’une des salles de concert les plus connues du Japon fini par nous faire face. C’est le fameux Nippon Budokan (日本武道館), une salle d’arts martiaux initialement construite en 1964 pour accueillir les compétences de judo (柔道) lors des Jeux Olympiques de Tokyo. La salle est également connue pour les nombreux concerts qui y sont donnés. Pas mal de groupes ont sorti des albums lives Live at Budokan : Blur, Bob Dylan, Ozzy Osbourne, Dream Theater… Le premier groupe à y donner un concert est les Beatles en 1966 (clin d’œil collègue ;)).

Budokan

Coïncidence, aujourd’hui c’est le 11 novembre, jour de l’armistice et je vais maintenant aborder le devoir de mémoire, côté japonais. Je voyais ça plus loin sur Google Maps, mais finalement le sanctuaire Yasukuni s’avère est bien plus proche du Budokan ! Ce lieu est connu pour ressasser les histoires du passé. Par exemple, les éventuelles visites des premiers ministres japonais y sont vues d’un mauvais œil en Chine ou en Corée où le passé colonialiste du Japon y a fait des ravages. Nous croisons pas mal d’écoliers et des groupes de retraités. Je discerne des personnes d’un certain âge ayant fière allure et marchant la tête haute, il doit s’agir de nationalistes. Il faut savoir que le négationnisme n’est pas puni par la Loi, contrairement à la France. Le Sanctuaire est atteint après être passé sous deux torii et près d’une statue. Cette statue représente Masujirō Ōmura (大村益次郎), qui est considéré comme le père de l’armée moderne japonaise. Le lieu est comme sous une coupole et je ressens l’importance donnée au respect de la mémoire des ancêtres au Japon.

Sanctuaire Yasukuni

Pour changer d’atmosphère, direction maintenant le quartier des librairies Jimbocho. J’ai entendu parlé de ce quartier sur le blog de David Michaud et sur le Forum Japon. Le premier livre de David (« JAPON », aux Éditions du Chêne) semblait y être en vente ! Comme j’aime bien lire et les livres en tant qu’objet, c’était l’endroit idéal pour finir l’après-midi. Jimbocho est une suite de boutiques vendant des livres d’occasion, des livres anciens, des beaux livres, des livres en langue étangère, des antiquités, mais aussi de maisons d’éditions. On y trouve d’autres objets aussi : des cartes, des posters, des vieilles affiches de cinéma… Bref, vraiment pas mal et pour être au calme nous nous sommes assis près d’un magasin de disques de jazz pour parler une petite heure. Même si on se trouvait dans une petite ruelle connexe à une grande avenue, on entendait que le son du jazz et peu de gens passaient… incroyable. Cela n’a pas empêché un taxi de passer par cette ruelle minuscule. Tokyo est imprévisible.

Après avoir traîné dans quelques librairies sans but précis, nous prenons le métro vers Shinjuku (新宿), un autre quartier où la mode est omniprésente mais dont la population est plus jeune qu’à Ginza. La Mairie de Tokyo se trouve à l’ouest de Shinjuku et gouverne en réalité la préfecture de Tokyo. Le bâtiment a été construit en 1990 et a la forme d’un H écrasé. Nous nous y sommes rendus surtout pour avoir une vue panoramique de Tokyo. Il fait déjà nuit et c’est la première fois que je monte dans un immeuble si haut. Nous sommes allés à l’observatoire nord qui est à un peu plus de 200 mètres et offre surtout une vue sur l’est de la ville. On reconnaît les lumières orangées de la tour de Tokyo. Rien d’autre à signaler à part une boutique à cet étage. En redescendant, sur la sorte de place au pied du building, on peut profiter d’une belle vue en contre plongée.

Vue sur Tokyo depuis la Mairie

Mairie de Tokyo

La mairie est illuminée de rose car octobre 2010 a, d’après Satsuki, été désigné comme le mois contre le cancer du sein. Shinjuku est réputé pour ces gratte-ciel qui sont parmi les plus grands de Tokyo. La Mairie de Tokyo est d’ailleurs longtemps restée le plus grand building de la ville. Pas mal de publicités, de bruit et de lumières, un peu comme à Akihabara. La partie est de l’arrondissement est aussi célèbre. En sortant de la gare du bloc 3 (et oui encore) de Shinjuku on a droit à une foule importante et un groupe amateur en quête de reconnaissance, donnant une représentation dehors. Je verrai beaucoup de ces représentations libres dans la ville. Le bloc 3 regroupe Kabukicho (歌舞伎町) et le Goldengai (ゴールデン街), tous deux réputés pour être les quartiers chauds de Tokyo, un peu comme le quartier rouge d’Amsterdam. Ici, pas mal de bars à hôtesses et – normalement – de yakuza (ヤクザ), que je ne croiserai malheureusement pas, sans doute à cause de leur discrétion. Pas besoin de m’attarder sur cette partie de Tokyo, plutôt décadente et réservée aux salarymen stressés en mal d’affection. J’ai été étonné par le nombre de rabatteurs, notamment des mecs peinturlurés aux coiffures explosives, qui font office de gigolos.
Bref, passons. Nous continuons la soirée par un dîner dans Ikebukuro Est. Si je me souviens bien, nous avons mangé des soba (蕎麦), ces sortes de pâtes faites de farine de sarrasin. Cette fois-ci, elles étaient servies froides et à tremper dans un bouillon chaud, qui contenait de la viande et des légumes. Très bon.

Vous pouvez consulter l’album photos de cette journée.

8 thoughts on “7 octobre : Diverses cités de Tokyo”

  1. Beurk, une forêt de buildings… Mais je suis étonné d’apprendre qu’il y a un certain nombre d’espaces verts (ce qui est bien, vivent les espaces verts!). Ceci dit, ça doit être sympa de voir la ville de nuit.

    Beaucoup d’informations, je peux pas répondre à tout^^ Mais continue de nous raconter tes aventures 😉

  2. Très intéressant.
    On se promène avec l’auteur du blog et les liens ou les réflexions permettent de compléter notre découverte.

  3. Toujours aussi sympa à lire ton séjour

    Je trouve les buildings de Tokyo beaucoup moins oppressants que ceux de New York par exemple, il y en a d’ailleurs beaucoup moins , surtout concentrés à Shinjuku et il n’y en a pas des blocs entiers !!!
    Par contre oui, heureuse surprise, beaucoup d’espaces verts immenses et tous plus beaux (et propres… mais est-ce bien utile de le préciser… on est au Japon!!!!) les uns que les autres! De vrais oasis où il fait bon se poser avant de repartir à la découverte de la ville

    1. Je ne suis pas encore allé à NYC mais ça donne vraiment pas envie par rapport à Tokyo !
      C’est vrai qu’il y a beaucoup d’endroits pour être au calme finalement c’est bien aménagé pour se promener 🙂

  4. Concernant le Yasukuni… « les éventuelles visites des premiers ministres japonais y sont vues d’un mauvais œil en Chine ou en Corée »

    Et par beaucoup de Japonais (plus moi), car cette « tradition » est simplement choquante. Tu ne rappelles pas dans l’article qu’ici sont inhumés comme des héros ceux qui ont été jugés et déclarés « criminels de guerre ». Et malheureusement les visites officielles n’ont rien d' »éventuelles »… un seul Premier Ministre a osé ne pas y venir, si je ne m’abuse. Enfin je ne veux pas entrer dans la polémique politique, mais ça mérite d’être signalé quand même.

    Pour le reste de l’article, super visite de la capitale! 🙂

    1. Merci d’avoir rappelé ce point. Je ne peux pas tout aborder dans un article. Bien malin qui peut le faire d’ailleurs 😀 D’où le fort intérêt des commentaires pour alimenter et mettre à jour un article de la meilleure des façons : via le savoir des autres !

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