20 octobre : Miyajima, l’île où personne ne peut mourir

Quelques nuagesTempérature moyenne

Après une journée émouvante à Hiroshima et une bonne nuit de sommeil, me voilà réveillé très tôt une fois de plus pour profiter un minimum de cette île magique qu’est Miyajima. Le réveil sonne vers 5h30. J’avais demandé à prendre mon petit-déjeuner à 7h00 mais cela va être compliqué si je veux faire une visite matinale de l’île et repartir tôt sur Kyoto. Hier, j’ai pu récupérer des brochures et cartes dans le restaurant de l’hôtel. L’une d’entre elles est en français. Plusieurs parcours sont proposés sur l’île. Le plus court dure 3 heures. L’objectif ce matin est d’effectuer le trajet conseillé.

Vue sur le grand torii, devant le ryokan

Avant de me mettre en route, et après une bonne douche, je vais vérifier mes mails à l’ordinateur public. Pour 100 yens j’ai le droit à 15 minutes de connexion. J’ai oublié de parler un peu de l’auberge où j’ai logé cette nuit : c’est le Kinsuikan, un ryokan haut de gamme. J’ai été bluffé par le service très minutieux. Je me réveille au petit matin avec une vue assez triste sur le village, renforcée par le ciel bien gris… Je décide de me mettre enfin en route après avoir étudié mon parcours sur une carte. Sur le chemin vers le sanctuaire d’Itsukushima (厳島神社), je croise un restaurant appelé Saint-Tropez (voir les photos du 19 octobre).

En longeant le bord de mer, j’arrive vite près du grand torii (大鳥居) mythique, une fois passée l’autre grande portique en pierre qui marque l’entrée du sanctuaire auquel appartient cette construction. Ce torii fait partie des trois vues les plus fameuses du Japon (日本三景), d’après les dires d’un philosophe japonais confucianiste du XVIIIème. Les deux autres lieux sont les îles aux pins de Matsushima (松島) au large de Sendai dans le nord du Japon, et Amanohashidate (天橋立), une bande de terre reliant les deux bords d’une baie située au nord de Kyoto.

Sanctuaire d'Itsukushima

Sanctuaire d'Itsukushima

J’ai bien prévu le coup car le sanctuaire ouvre ses portes à 6h30. Malheureusement, une horde d’écoliers et collégiens sont également de la partie, alors que je croyais être un peu tranquille de si bon matin. Le sanctuaire est souvent comparé au Mont Saint-Michel, alors qu’à l’occasion des 150 ans d’amitiés entre le Japon et la France en 2008, une affiche rapprochant les deux constructions apparut. D’ailleurs, hier à mon arrivée sur l’île, une maquette du même genre m’a sauté aux yeux.

Le sanctuaire d’Itsukushima aurait été construit en 593. En réalité, les bâtiments, qui tiennent dans le sable grâce à des pilotis, datent de l’ère Heian (794-1185). L’un des chefs du clan Taira l’aurait construit en hommage aux trois filles du dieu Susanô dont l’une nommée Itsukushima est réputée pour être la déesse de la mer. Le site est inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1996. Le fameux ôtorii se dresse à plusieurs dizaines de mètres dans la mer. Il donne l’impression de flotter à marée haute et semble être accessible à marée basse. D’une hauteur de 16 mètres, il a été reconstruit en 1875 en bois de camphrier et peint en vermillon. En m’avançant sur la plate-forme en bois la plus avancée vers la mer, je peux enfin contempler le portique de face. Cette plate-forme est la plus vieille scène de théâtre du monde (XVIème siècle).

Le grand torii du sanctuaire d'Itsukushima

Maintenant qu’il fait jour, je vois au loin la côte et la banlieue de Hiroshima. La ville d’Hiroshima elle-même se situe un peu plus à l’Est et n’est pas visible directement d’où je me trouve. En revanche, la ville à laquelle appartient l’île est juste en face. Il s’agit de Hatsukaichi (廿日市), nom de ville que j’ai trouvé amusant en kanji. Sur l’île de Miyajima nul n’est autorisé à mourir ni même naître ! J’étais donc un peu embêté à l’idée d’avoir une crise cardiaque 😀 En effet, l’île et les cerfs qu’elle abrite sont sacrés. Contrairement à Nara, il est interdit de toucher ou donner à manger aux animaux sur l’île. Le point culminant de l’île est le mont Misen, qu’il est recommandé de visiter pour une visite approfondie. Il est accessible en téléphérique.

Je continue ma progression en contournant le torii par l’ouest par le bout de « plage » appelé Nishimatsubara (西松原) comme préconisé sur la brochure histoire d’avoir une autre perspective du portique. Près de là se trouve également un petit sanctuaire appelé Kiyomori (清盛神社). Quelque chose en plus du temps très nuageux me gène : le nombre incroyable d’algues venant se déposer sur la plage… gâchant un peu le paysage. Je suis sûr qu’avec un soleil éclatant et un peu de nettoyage aquatique la scène aurait été autrement différente. Je continue ma progression vers l’aquarium de Miyajima, en croisant des daims et des cerfs mâles avec des bois impressionnants. Ils n’ont pas du tout l’air amicaux. Je passe mon chemin discrètement. Malheureusement, l’aquarium est fermé pour cause de travaux… Après avoir vérifié dans le Lonely Planet, c’est bien marqué qu’il est en rénovation jusqu’en août 2011. Je rebrousse chemin. Ça monte fort ! Il y a même une carte des dénivellations avec différents couleurs selon l’importance des pentes. En continuant dans le village, complètement désert si tôt, je passe devant le musée historique qui est fermé également. Je ne peux me permettre d’attendre 30 minutes si je veux repartir à Kyoto assez tôt. Vraiment, j’aurais mieux fait de prendre une nuit de plus ici et à Nara plutôt que trois près du mont Fuji… !

Temple de Daigan-ji

Je reviens aux alentours du sanctuaire où se trouvent d’autres bâtiments religieux parmi lesquels un temple bouddhiste, le Daigan-ji (大願寺) qui n’ouvre qu’à partir de neuf heures. Il y a devant une remarquable sculpture en bois d’un bouddha yakushi nyorai (薬師如来), attribué à Kôbô Daishi. Construit lui aussi pendant la période de Heian, il est dédié à Benzaiten. En face du temple, se trouve le pavillon des trésors qui contient une grande salle remplie d’objets en relation avec l’île : peintures, calligraphies, armes… Je sors par la gauche de ce petit musée qui vient d’ouvrir, puis monte quelques marches en pierre jusqu’à la pagode tahôtô (多宝塔). Ce mot représente en japonais un type de pagode à deux étages et à base carrée, un peu comme celles aperçues au Danjô Garan du mont Kôya. D’ici, la vue est superbe sur la mer intérieure et la banlieue d’Hiroshima au loin.

Pagode tahôtô

Vue depuis la pagode

Le court parcours de trois heures est bientôt fini, plus vite que prévu puisque certains des lieux étaient encore fermés. Je contourne le sanctuaire d’Itsukushima par derrière pour arriver au senjôkaku (千畳閣), une grande construction près d’une pagode à cinq étages. Une dame est en train de balayer du sable aux alentours. Me voyant, elle s’empresse d’ouvrir la caisse. Je suis visiblement le premier touriste. L’ayant dérangée dans son labeur je la sens peu loquace. Elle me tend une entrée et une feuille d’explications sur l’endroit en anglais. Le nom du bâtiment désigne un palais de mille tatamis soit à peu près 1300 mètres carrés. Le tatami étant l’unité de mesure de surface courante dans les habitations japonaises comme je l’ai expliqué lors de mon arrivée dans le ryokan dans l’ancienne capitale impériale Kyoto.

Senjôkaku

Senjôkaku

La construction de cette grande salle en bois a été ordonnée en 1587 par Toyotomi Hideyoshi pour chanter des soûtras bouddhistes chaque mois en hommage aux âmes des morts pour la guerre. En 1872, le bâtiment fut renommé et dédié à l’âme de ce personnage. Depuis, c’est une annexe du sanctuaire d’Itsukushima. En 1948, le bâtiment fut désigné comme bien culturel important du Japon.

Pagode à cinq étages

La pagode à cinq étages voisine appartient également au sanctuaire. C’est un bien culturel important construit en 1407. La caractéristique principale de la pagode est son pilier central qui descend seulement jusqu’au plafond du premier étage. Il existe cinq pagodes comme elle dans tout le Japon.

Voilà, le petit tour de l’île se fini déjà. Je reviens au ryokan en passant par les petites ruelles du village, encore presque désertes. Le soleil commence un peu à se montrer. Les employés du ryokan s’étonnent que je saute le petit-déjeuner. J’explique que j’étais parti quand même profiter de l’île avant de prendre tout de suite un ferry. Ni une, ni deux on me propose de m’y déposer. Une fois mes affaires récupérées, l’un des employés me dépose à l’embarcadère qui se trouve à peine à 500 mètres… Je le remercie bien puis dis au revoir à Miyajima et son grand torii sur le pont du ferry.

Au revoir Miyajima !

La deuxième partie de la journée sera traitée dans un autre article car elle n’a rien à voir avec Miyajima. Vous pouvez consulter les photos de cette matinée du 20 octobre 2010. Les photos des autres journées sont également disponibles. Elles apportent un supplément visuel à chaque article. Chacune est localisée et comporte une légende. N’hésitez donc pas à y laisser vos commentaires ou questions !

5 thoughts on “20 octobre : Miyajima, l’île où personne ne peut mourir”

    1. N’hésite pas à prendre des références pour ton voyage ici et là. Un conseil prenez (prends ?) deux nuits sur Hiroshima et Miyajima… je regrette de ne pas l’avoir fait 🙁

  1. Quand tu dis que tu avais choisi le parcours de 3 heures, la première question que j’ai voulu te poser c’était « et alors combien de temps cela t’a pris? » parce que les rares fois où j’ai suivi un tel parcours il m’a fallu en général le double de temps. Les Japonais ont cette tendance à visiter les trucs au pas de course -et donc à ne pas en profiter- surtout la génération qui est plus ou moins l’équivalent des baby boomers – ceux qui ont été les premiers à connaître le tourisme de masse (les fameux « bus de Japonais avec des appareils-photo » des années 70-80) et qui aujourd’hui est à la retraite et constitue donc la « première génération de retraités gros voyageurs ». Mais si tu dis que la plupart des trucs étaient fermés, je comprends que tu aies pris moins de temps.
    Sinon, je constate avec horreur que tu n’as pas vu Daishō-in, peut-être l’endroit le plus intéressant de l’île…

    Ah la la, il va vraiment falloir que tu y repasses dans ce coin (et de noter sur ta do-do list « Hiroshima by night » et « Daishō-in » entre autres choses).

    Sinon je confirme, à marée basse, on peut approcher et même toucher le Otorii ! 🙂

    1. Salut, initialement je n’avais même pas prévu le parcours mais simplement le sanctuaire ! Et oui, c’était très juste, j’ai manqué certains lieux que je voulais voir finalement et tout été fermé de si bon matin… Le parcours m’a pris 2h30 et non pas le double, loin de là car mon plan était de revenir à Kyoto dans la journée pour voir une amie (voir le prochain article).
      Tu dois être bien placé pour savoir qu’il est difficile de tout faire même en trois semaines de voyage.
      Bien sûr, à la fin de mes récits de voyage, je ferai un article « bilan » avec les bons/mauvais points et ce qu’il faudra que je revois/vois !

  2. Sympa cet article.
    Je vais au Japon fin mai et je pense que je passerai par Hiroshima/Miyajima. A confirmer.
    Ce coin semble magnifique en tout cas.
    Je note ta recommandation pour les 2 nuits 😉

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