Encore un changement de premier ministre au Japon

L’actualité politique japonaise de la semaine a été marquée par la démission du premier ministre Kan Naoto. Une fois de plus, le premier ministre japonais n’aura pas su (pu ?) tenir au moins deux ans à la tête du pouvoir. Les premiers ministres japonais se succèdent et se ressemblent au fil du temps depuis quelques années sans finalement apporter de grands bouleversements dans la politique de leur pays… Revenons sur cette démission et sur le rôle du chef du gouvernement au Japon.

L'ancien premier ministre du Japon, Kan Naoto
Kan Naoto quitte ses fonctions de premier ministre après avoir annoncé les raisons de sa démission lors d’une conférence de presse à Tokyo le 26 août.

Pourquoi Kan Naoto a t-il démissionné ?

Kan Naoto (菅直人) quitte donc le pouvoir après 449 jours au pouvoir. Il est le deuxième premier ministre d’affilé du parti démocrate depuis le mois de juin 2010 et donc il était également le président de ce même parti. Il a succédé à Hatoyama Yukio, le premier premier ministre du parti démocrate qui était censé incarner un changement de politique à la fin de l’été 2009.

Le premier ministre a donc annoncé sa démission ce vendredi 26 août alors que sa côte de popularité avait atteint seulement 16 %. Cette baisse de popularité est due à plusieurs raisons. La principale est une gestion exécrable de la crise nucléaire et de ses conséquences. Kan Naoto avait pourtant pris récemment des positions en faveur de la sortie du nucléaire… Reste à savoir qui aura le courage d’appliquer des mesures fortes pour aider à cette sortie.

Le premier ministre et son parti étaient déjà affaiblis avant les événements du 11 mars. En effet, Kan Naoto a reconnu avoir reçu des financements de la part d’une personne étrangère, ce qui est interdit au Japon. Son ministre des affaires étrangères, Maehara Seiji, a lui été contraint de démissionner à cause d’un scandale également en mars. C’est tout le gouvernement qui démissionne en même temps que le premier ministre. Tout le gouvernement sera donc reconstitué.

Kan Naoto avait annoncé qu’il quitterait ses fonctions sous conditions le 20 juin. Ces conditions étaient le vote par la diète de trois projets de lois qu’il considérait comme primordiales et concernant :

  • une rallonge budgétaire pour la reconstruction des zones sinistrées (votée en juillet) ;
  • l’émission d’obligation d’État pour compléter le budget (votée vendredi 26 août) ;
  • le développement des énergies renouvelables (votée vendredi 26 août).

Changement imminent de premier ministre d'après Karyn Poupée de l'AFP

Vers un nouveau gouvernement japonais…

Le lundi 29 août aura lieu un scrutin des membres du parti démocrate du Japon, présents à la Diète, pour élire leur nouveau président et accessoirement le nouveau premier ministre. C’est donc un vote interne au parti. Au sein du PDJ, il y a les pro-Maehara et les pro-Ozawa (dont fait parti l’ancien premier ministre Hatoyama Yukio). Les Japonais ne peuvent absolument rien face aux querelles internes de ce parti alors qu’un sondage de l’agence Kyodo News annonce près de 30 % d’opinions favorables pour Maehara Seiji, l’ancien ministre des affaires étrangères pourtant sali par un scandale de financement. D’autres prétendants ont beaucoup moins d’opinions favorables d’après ce même sondage :

  • Kaieda Banri, ancien ministre de l’économie, supporté par Ozawa Ichirô ancien président du parti ;
  • Noda Yoshihiko, ministre des finances ;
  • Mabushi Sumio, ministre des transports ;
  • et Ozawa Sakihito, ancien ministre de l’environnement.

Soit cinq candidats annoncés, un record d’après le Asahi Shimbun.

Mise à jour du 29 août : Contre toute attente, c’est le ministre des finances Noda Yoshihiko (野田佳彦) qui a été promu président du parti démocrate et donc premier ministre du Japon. Cet homme politique est connu pour être partisan de l’austérité… Cela promet un bel avenir social au peuple japonais !

D’après l’éditorial du journal Asahi Shimbun du 27 août, le fait d’avoir épuisé déjà deux premiers ministres depuis le changement de parti politique au pouvoir il y a deux ans est un manque évident de gouvernance. À l’époque du changement de politique appelé seiken kôtai (政権交代) il y a deux ans, alors que le parti démocrate était encore le parti de l’opposition, les points communs entre les différentes personnalités du parti étaient encore nombreux. Dans l’état actuel des choses, la succession des désaccords en interne ne fait apparaître que l’immaturité du parti. Le journal s’interroge et va même jusqu’à affirmer que si la situation ne change pas les mêmes stupidités – c’est le mot employé avec gu (愚) – seront réitérées sans aucun doute. Les journaux japonais sont connus pour être assez virulents à l’égard des femmes et hommes politiques.


Déclaration de démission de Kan Naoto.

De la politique japonaise

Depuis la fin de la guerre mondiale c’était le parti libéral démocrate qui était au pouvoir quasiment sans discontinuer. Le Japon a connu de nombreux premiers ministres mais le changement tant attendu par bon nombre de Japonais n’est pas venu suite au changement de parti à la tête du gouvernement… Le Japon connaît une crise politique assez impressionnante comme en témoigne cette succession de premiers ministres en peu d’années. Le changement de cap politique annoncé en 2009 n’en est finalement pas un après deux ans peu de réformes sociales ont amélioré le quotidien des Japonais et la crise nucléaire n’a fait qu’aggraver les choses. Finalement, le parti démocrate est plutôt de centre droit et est formé de nombreux anciens membres du parti libéral démocrate.

Après les trois gouvernements du premier ministre Koizumi Jun’ichirô de 2001 à 2006, sous lequel de nombreuses réformes ultra-libérales n’ont fait que creuser un peu plus l’écart entre les plus aisés et ceux qui survivent de baito (バイト) en baito (バイト), pas moins de cinq premiers ministres se sont succédés depuis septembre 2006 :

  • Abe Shinzô (安倍晋三) de septembre 2006 à septembre 2007. Parti libéral démocrate.
  • Fukuda Yasuo (福田康夫) de septembre 2007 à septembre 2008. Parti libéral démocrate.
  • Asô Tarô (麻生太郎) de septembre 2008 à septembre 2009. Parti libéral démocrate.
  • Hatoyama Yukio (鳩山由紀夫) de septembre 2009 à juin 2010. Parti démocrate.
  • Kan Naoto (菅直人) de juin 2010 à août 2011. Parti démocrate.

Le dernier aura tenu un peu plus longtemps que les autres mais combien de temps tiendra le prochain ? Sûrement jusqu’à septembre ou octobre 2012. Les paris sont lancés ! Tiens je connais les noms des derniers premiers ministres je suis gaikikoojin ?

Le rôle du premier ministre au Japon est important puisque c’est lui le chef du gouvernement, l’empereur n’ayant qu’une valeur symbolique depuis la fin de la seconde guerre mondiale. C’est donc lui qui a le pouvoir exécutif au même titre que le président de la République en France.

Pour finir voici les différents partis politiques japonais représentés à la diète qui est un parlement bicaméral (chambre basse et chambre haute) :

  • Gauche : Parti communiste japonais (PCJ) – Nihon Kyôsantô (日本共産党), Parti socialiste d’Okinawa (PSO) – Okinawa Shakai Taishûtô (沖縄社会大衆党)
  • Gauche sociale-démocrate : Parti social-démocrate (PSD) – Shakai Minshutô (社会民主党).
  • Centre social-libéral : Parti démocrate du Japon (PDJ) – Minshutô (民主党).
  • Centre : Nouveau Kômeitô (NK) – Kômeitô (公明党), Nouveau parti Nippon (NPN) – Shintô Nippon (新党日本).
  • Droite libérale et conservatrice : Parti libéral-démocrate (PLD) – Jiyû Minshutô (自由民主党), Nouveau Parti du Peuple (NPP) – Kokumin Shintô (国民新党), Votre Parti (VP) – Minna no tô (みんなの党), Nouveau parti Daichi (NPD) – Shintô Daichi (新党大地), Genzei Nippon (減税日本), Parti de la réalisation de la joie (PRJ) – Kôfuku Jitsugen-tô (幸福実現党).
  • Droite conservatrice et nationaliste : Tachiagare Nippon (TN) – Tachiagare Nippon (たちあがれ日本), Nouveau parti de la réforme (NPR) – Shintô Kaikaku (新党改革).

La majorité est constituée de quatre partis : PDJ, PSD, NPN et NPD. Les autres sont dans l’opposition : parti libéral démocrate comme parti communiste.

Revue de presse

6 thoughts on “Encore un changement de premier ministre au Japon”

  1. Excellente synthèse de l’actualité politique japonaise! Dans sa déclaration de démission, Naoto Kan évoque il me semble la division de la Diète (« nejire kokkai »?), mais je pensais que cette situation s’était résolue avec l’accession du Minshutô au pouvoir? J’avoue m’être peu tenue au courant des évolutions de la Diète depuis 2009…

    Je n’arrive malheureusement plus à remettre la main sur un bon article du professeur de droit Masahiro Sogabe qui expliquait comment la crise politique était vraisemblablement liée à une crise institutionnelle. Il parlait notamment des difficultés du gouvernement à réagir en situation de crise (à l’époque la crise économique de 2007-2008), qui étaient dues selon lui aux blocages et lenteurs de la Diète divisée.

    Il soutenait que s’il est vrai que le charisme du leader joue un rôle important dans la capacité à se maintenir à la tête d’un gouvernement, le facteur institutionnel n’en était pas moins crucial. Il prenait l’exemple de l’ex-premier ministre Junichirô Koizumi. Ce dernier n’aurait sans doute pas pu faire preuve d’un tel leadership s’il avait été dans une situation de division de la Diète. Comme la Constitution japonaise donne des pouvoirs presque égaux aux deux Chambres du parlement, certains analystes mettent l’accent sur la nécessité de réformes constitutionnelles.

    Cet article avait été rédigé un peu avant les élections qui ont vu la victoire du Minshutô. On aurait donc pu penser que l’alternance aurait mis fin à la crise politique. Je vais essayer de retrouver la source des ces informations, mais mes recherches se sont avérées jusque là infructueuses 🙁

    1. Merci pour ton commentaire ! Ce nejire kokkai (ねじれ国会) est également souvent évoqué par Ozawa Ichirô. Il s’agit effectivement du contrôle du sénat par l’opposition alors que le gouvernement au pouvoir est le PDJ. J’étais justement en train de lire l’article de Wikipédia en japonais hier quand tu as posté. J’aurais pu effectivement évoqué cela mais ton commentaire apporte déjà ces précisions 🙂

  2. Va t’il durer?C’est quand même assez incroyable cet instabilité politique surtout en cette période difficile.

    1. Pour moi parti libéral démocrate et parti démocrate sont du même bord ! Le PDJ a été formé par scission de membres du PLD… Ce sont donc deux partis néolibéraux qui n’ont pas d’autres mots à la bouche que l’austérité pour le peuple pour payer les ennuis des plus immoraux. Comme en France il faudrait augmenter les recettes plutôt que baisser les dépenses pour résoudre la crise. Les revenus du travail sont taxés à hauteur de 40 % alors que ceux du capital ne le sont qu’à 18 %…

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