Un aperçu du rock progressif japonais

Aujourd’hui je vais vous parler d’un genre qui a eu ses heures de gloire dans les années 70 mais dont la flamme ne cesse de brûler. Je parle bien sûr du rock progressif dont la majorité d’entre vous connaît ses groupes les plus fameux : Pink Floyd, Yes, Genesis ou encore King Crimson. Le rock progressif et, plus largement, la musique progressive est difficile à définir mais je tenterai de faire un petit tour d’horizon de la scène du rock progressif japonaise en quelques mots.

Le rock progressif peut-être désigné en japonais par puroguresshibu rokku (プログレッシブ・ロック). Il est pourtant plus souvent désigné par l’abréviation purogure (プログレ), un autre mot raccourci dont les japonais sont friands. Le mot rock progressif apparut pour la première fois au Japon lors de la sortie de l’album Atom Heart Mother de Pink Floyd en 1970. Un peu comme partout dans le monde l’histoire du rock progressif japonais commence dans les années 70 qui sont souvent désignées comme l’âge d’or du genre. Le rock d’outremer était déjà populaire au Japon comme en témoignent les concerts qu’a pu donner Pink Floyd au Japon. Voici ce que dit Wikipédia à propos des débuts du rock progressif au Japon :

Le Japon est un cas particulier. C’est le seul pays asiatique à avoir développé le genre dans les proportions européennes. Les années 1970 lancent le genre et posent le socle des styles symphoniques et psychédéliques traditionnels anglais avec des formations telles que Cosmo’s Factory ou Shingetsu. Et pourtant, l’âge d’or du progressif japonais aura lieu dans les années 1980, époque moins faste en Europe. L’archipel voit se développer tout un arsenal de groupes (Gerard, Outer Limits sont les plus connus) pour ensuite se tasser vers la fin des années 1990. Dans les années 1970, des chanteurs-compositeurs comme Kazuki Tomokawa et Kan Mikami deviennent populaires. Une scène folk-rock apparaît alors, conduite par Magical Power Mako. En même temps un rock progressif radical évolue avec After Dinner, YB02, Kenso et Koenji Hyakkei.

Cette petite introduction rappelle que le Japon est un pays qui, comme la plupart des pays occidentaux, a connu la vague du rock progressif à l’aube des années 70. J’aimerais revenir maintenant sur certains des groupes phares de la scène rock progressif japonaise qui ont un écho au delà des mers. Vous ne trouverez pas les disques de la plupart des artistes que je vais évoquer maintenant sur Amazon. Vous trouverez par contre une compilation du meilleur du rock progressif japonais dont le titre laisse craindre le pire mais qui contient néanmoins quelques titres intéressants. De nombreux titres de ce disque rappellent des musiques de jeux-vidéo : plutôt atmosphériques et sans paroles comme par exemple « Chaos » de Gerard, un groupe phare de cette scène, ou « Go Together » de Side Steps. Wikipédia propose des listes de groupes de rock progressif japonais en français ou en japonais. Vous pouvez également consulter cette liste d’albums de rock progressif japonais d’un membre du réseau social Rate Your Music.

Lost and Found Four Corner's Sky Proof of Concept

Le meilleur groupe de rock progressif japonais à mes yeux est le quatuor KBB formé à Tokyo en 1992. Ce groupe trouve une influence évidente dans Jean-Luc Ponty, un violoniste français renommé qui a joué avec Franck Zappa. Les compositions jazzy du groupe sont complètement instrumentales et pour certaines un peu déjantées. Le groupe a sorti trois albums studio et un album live. Vous pouvez lire les chroniques des albums studio sur ce blog de chroniques de rock progressif. J’avais écrit à Tsuboy, le leader du groupe qui joue du violon et de la guitare, fin 2007 alors que je connaissais seulement à peine les kana en japonais et j’ai reçu, à ma grande surprise, une réponse disant que le groupe passerait sûrement en Europe l’année suivante. Vous pouvez acheter les albums sur le site officiel de KBB.

  • 2000 : Lost and Found
  • 2004 : Four Corner’s Sky
  • 2005 : Live 2004
  • 2007 : Proof of Concept

D’autres groupes méritent également d’être cités comme par exemple Outer Limits un groupe assez symphonique qui rappelle parfois les envolées de groupes de speed metal comme Rhapsody ou Symfony X. Des groupes comme Asturias ou encore Kenso sont également souvent cités dans les pages des forums spécialisés. Vous pouvez lire à ce propos un topic en anglais sur le rock progressif japonais. Je vous invite à lire un document faisant un peu l’état du rock progressif japonais à l’aube des années 2000, en 2003 pour être précis. Ce document parle notamment d’albums sortis par le label japonais Poseidon. Le document permet de se rendre compte que finalement surtout deux groupes ont marqué le rock progressif japonais dans les années 70 : Gerard et Ars Nova. La principale vague de cette scène date, comme décrit plus haut, de la fin des années 80 avec des groupes comme Outer Limits ou Pageant.

Depuis le rock progressif japonais semble errer dans des compositions jazzy et atmosphériques sans réussir à faire évoluer le genre. Une chose marquante est la forte présence des synthétiseurs et d’instruments à cordes comme le violon ou le piano. Enfin, citons également un genre souvent proche du rock progressif : le métal. De nombreux groupes de ce genre sont souvent rapprochés du rock progressif par certaines compositions un peu longues, originales et utilisant des instruments peu conventionnels. Au Japon, on peut citer des groupes comme BORIS ou encore Goninish qui mêlent des éléments progressifs à certains de leurs albums. Je pense par exemple à la longue envolée sous marine de l’album Flood de BORIS, un groupe pourtant d’habitude « bruyant » de par son étiquette drone. Ce groupe mérite d’être l’objet d’un article plus élaboré.

The Black Mages

Définir le rock progressif et plus largement la musique progressive n’est pas facile. Je pense que l’on peut parler de musique progressive en ce qui concerne les musiques des jeux-vidéo japonais. Les sonorités sont très proches avec les groupes de rock progressif symphoniques japonais. De nombreux compositeurs puisent leurs inspirations du rock progressif comme par exemple Sakuraba Motoi qui s’est chargé de la musique de la série des Ys, J-RPG fameux des années 90. La plupart des J-RPG peuvent se vanter d’avoir des bandes originales superbes composées par des passionnés : Uematsu Nobuo, Hamauzu Masashi entre autres pour Final Fantasy ou encore Kondô Kôji pour la série des Zelda. Uematsu Nobuo a d’ailleurs monté un groupe de hard-rock progressif pour mettre les musiques de Final Fantasy. Plusieurs concerts ont été donnés dans le monde et trois albums ont été produits. Voilà, j’espère que cette courte introduction au rock progressif japonais aura éveillé votre curiosité. Vous pouvez tenter d’écouter pour tester grâce aux pistes données dans cet article !

Mise à jour du 26 juillet : J’ai découvert hier un autre groupe japonais de rock progressif complètement par hasard. Il s’agit d’un quatuor appelé Yonin Bayashi (四人囃子) formé en 1971. Le groupe a composé de nombreux albums studios et lives ! Le bassiste est malheureusement décédé récemment et le groupe qui s’était récemment formé risque cette fois-ci d’arrêter définitivement. Je vous laisse découvrir leur musique qui est à ranger entre Deep Purple et Pink Floyd !


Yonin Bayashi – Isshoku Sokuhatsu (四人囃子 – 一触即発).

Mise à jour du 23 août : Découverte d’un nouveau groupe plutôt récent cette fois-ci ! Il s’agit de Yuka & Chronoship, un groupe de rock progressif néo aux influences clairement marquées par Porcupine Tree, notamment sur les lignes de basses ! Le groupe possède un compte Twitter depuis quelques jours, profitez en pour les encourager 🙂


Yuka & Chronoship – Water Reincarnation.

8 thoughts on “Un aperçu du rock progressif japonais”

    1. Merci pour le commentaire ! Après quelques écoutes, il semble que Ausia soit très inspiré par Jethro Tull et les musiques traditionnelles européennes. Certains passages me rappellent le festival Cassel Cornemuses d’il y a deux semaines. Igzit-Nine me rappelle lui pour sa part le Soft Machine des années 70 !

  1. Très bon article effectivement.
    Sauf qu’au début j’ai lu post-rock (à croire que je fais une fixation dessus).
    Donc du coup, je me demande si tu connais des groupes de post-rock japonais. 😉

    (en attendant je vais essayer de dénicher des extraits des groupes que tu mentionnes ici)

    1. Salut David, merci pour ton commentaire !
      Je suis assez peu satisfait de cet article pondu après 20 jours sans une ligne sur ce blog 🙁 J’aurais pu être plus exhaustif mais le but de cet article était bien un bref aperçu du genre. Est-ce qu’on peut classer LITE et Mono dans le post-rock ? C’est vrai que ce genre se rapproche un peu du prog ! L’idée de l’article est de donner des pistes et de donner envie d’écouter un peu de rock prog (et pas forcément japonais) ^_^

  2. ooo trop bon ton article,merçi merçi, moi qui n’était jamais allée plus loin que les final fantasy, je connaissais pas du tout KBB et c’est vraiment du bon son, happy ^o^

  3. Je viens de lire votre compte rendu…. Il me semble contenir l’essentiel et autres details via vos mises a jours… Cependant, etant un peu specialise moi-meme dans le cadre des violonistes progressifs, je note que certaines formations ne sont pas incluses… Comme celles de Rovo avec Yuki katsui qui faisait parti d’autres groupes comme Fromage et Bondage Fruit ou de Theta dans le cas de Tsuboy. Il a aussi partiicpe avec, en tant que duo, sous le nom Era ou les groupes francais en visite au Japon comme Zao et …… Perdu la memoire de l’autre… Enfin Midas ou encore Fantasmagoria, Cinema, Toru’s Symphony, ou meme dans le cas de Tsuboy, avec Pochakailte Malko…. Mais bon, ce n’est qu’un coin du paysage musical que nous pourrions agrandir sans restreintes….. Keep in touch.

  4. Hello de l’AUSTRALIE,
    Je suis tombe par hazard sur votre blog. Je suis un interesse du rock progressif japonais depuis longtemps. KBB et Outer Limits font parti a part entiere de ma collection….. Vous avez indique des noms dont je n’etais pas informe. Cela m’interesse assez pour les avoir ecouter depuis ma lecture de vos ecrits. Je peourrai donc vous suggerer klk noms comme Fantasmagoria, Teru Symphonia, Cinema, Bondage Fruits et mon interet du moment Rovo, plus trance/psyche que progressif ressemblant a System 7 de Steve Hillage. Je pourrai vous indiquer d’aller sur Youtube et trouver que hillage et Katsui le violonist de Rovo ont diffuser un cd qui est interessant soniquement… Mais de retour sur la scene progressive japonaise qui a evolue dans plusieurs directions. Comme Tsuboy a participe dans plusieurs groupes en tant qu’invite, jusqu’a faire des apparitions avec Eclat , groupe prog de France en visite au Japon, et meme un CD avec Zao Live in Tokyo….. Un groupe que j’ai decouvert par ecrit et bien plus longtemps a acquerir leur premier cd ( le plus difficile des deux ) appele SPY avec un violonist se rapprochant de Ponty. Ca date de 1986. Tres technique et fantastique.
    Je finirai par dire que le Zeulh japonais offre des arrangements musicaux interessants.
    Si vous avez plus d’info regardant des decouvertes occasionnelles que vous faites, n’hesitez pas a me faire signe car je suis toujours a la recherche de choses nouvelles ou interessantes…
    A bientot de vous lire ….. Erick

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