Référencement naturel d’un site japonais

Aujourd’hui je vais aborder un sujet un peu particulier qui ne touche pas à la culture japonaise. C’est plutôt un sujet technique puisqu’il s’agit du référencement naturel d’un site japonais. Les critères de base du référencement naturel ne changent pas d’un pays à un autre. L’utilisation de la langue japonaise pour son site peut cependant apporter des spécificités qui doivent être pris en compte dans une stratégie de référencement au Japon. Cet article n’est pas un guide pas à pas mais peut donner des pistes pour améliorer la visibilité d’un site en japonais au Japon.

Les règles basiques du référencement sont sensiblement les mêmes qu’avec un site en français ou en anglais. Google met d’ailleurs à jour régulièrement son guide du référencement dans toutes les langues. Le contenu du guide français et du guide japonais est le même. Vous pouvez télécharger librement ce guide du référencement de Google (en japonais) pour constater cela si vous parlez la langue.

La mascotte Google Bot

Pour un webmestre français (ou étranger), je pense que deux cas sont envisageables. D’abord, on peut penser au cas du site en langue française (ou toute autre langue) dont la vocation est d’être référencé au Japon, c’est-à-dire sur un moteur localisé au Japon (google.co.jp par exemple). Cela n’est pas pertinent à mon sens. Je pense qu’une entreprise qui souhaite être visible sur les moteurs japonais doit prévoir de localiser son site en japonais. Pour un particulier cela a plus de sens d’être référencé en français (ou toute autre langue) sur Google France (ou tout autre Google) ou Google.com à fortiori. Le deuxième cas est donc un site en japonais sur un moteur de recherche en japonais (dont les adresses IP des serveurs sont localisées au Japon). En Asie, c’est l’APNIC qui se charge d’allouer des adresses IP version 4 et IP version 6 aux sites Internet.

Les moteurs de recherche au Japon

Je vous propose d’abord un petit tour d’horizon du marché des moteurs de recherche au Japon. D’après un article du 7 janvier 2011 du blog Abondance les parts de marché des moteurs de recherche dans le monde sont très variables selon les pays. Alors que Google a une présence écrasante dans la majorité des pays (sauf peut-être aux États-Unis, en Russie ou au Brésil), au Japon il en est tout autrement. À titre d’information Google détenait 91.2 % des parts de marché en juin 2011 d’après le baromètre des moteurs du même mois. Voici les différentes parts de marché des moteurs au Japon en janvier 2011 :

D’autres moteurs de recherche japonais existent – mais sont bien moins connus en occident. En recherchant « moteur de recherche » en japonais (検索エンジン) dans Google Japan seuls certains des moteurs ci-dessus apparaissent en première page : goo, Excite, Yahoo! Japan, Infoseek (américain racheté par Rakuten). La plupart de ces moteurs ne proposent pas qu’une simple fonction de recherche. Une myriade d’autres services existent comme par exemple le dictionnaire de Yahoo! Japan – un outil très pratique au passage pour ceux qui apprennent la langue. Google Japan fait beaucoup d’efforts pour proposer de plus en plus de services intéressants (et gratuits) aux utilisateurs japonais. Depuis bien longtemps il est possible de créer son itinéraire en train avec Google Maps au Japon. C’est en ce sens que Google Japan pourrait bien prendre de plus en plus de parts à Yahoo! Japan son plus grand concurrent local. Bref tout cela pour insister sur le fait qu’au Japon il est important de penser sa stratégie référencement pour Google et les autres ! Et surtout ne pas négliger les trois quatre piliers du référencement que sont le contenu, la structure, les liens et les réseaux sociaux.

Le contenu : la spécificité de la langue japonaise

Le contenu est l’un sinon le pilier le plus primordial pour prétendre obtenir de bonnes positions sur un mot-clef. Penchons nous un peu sur le japonais, une langue bien particulière qui a longtemps été classée dans la famille des langues altaïques : mongol, turc ou coréen. C’est vrai que la grammaire et la prononciation du japonais ont des similitudes avec le coréen mais le japonais est pour ainsi dire un isolat.

Mise à jour du 12 août : Google Panda a été lancé aujourd’hui dans de nouvelles langues dont le français. Le japonais, le chinois et le coréen ne sont pas encore concernés car je cite « cette mise à jour s’effectue pour toutes les langues sauf le chinois, le japonais et le coréen, pour lesquelles nous continuons à tester des améliorations potentielles. »

L’une des caractéristiques du japonais est son écriture. Le japonais compte pas moins de quatre systèmes d’écriture : les hiragana, les katakana, les kanji et les systèmes romains (alphabet et chiffres). La phrase japonaise ne connaît pas d’espaces. De plus, le japonais est une langue agglutinante. C’est-à-dire qu’à partir d’un terme (typiquement un adjectif ou un verbe), il est possible de décrire la voix, l’aspect, le mode et la modalité. Le japonais est donc un enchevêtrement de caractères parmi lesquels il faut mettre en valeur un mot-clef. Le problème c’est que la fin d’un mot peut être compris comme le début d’un autre du fait de l’absence d’espaces. C’est là que les balises HTML de mise en exergue se révèlent importantes : ‹strong› pour le gras et ‹em› pour l’italique. Voici par exemple le premier article de la déclaration universelle des droits de l’Homme avec le mot « Homme » (人間) mis en exergue :

すべての人間は、生まれながらにして自由であり、かつ、尊厳と権利とについて平等である。人間は、理性と良心とを授けられており、互いに同胞の精神をもって行動しなければならない。

Il existe différents encodages à appliquer pour une page en japonais sur Internet. Les plus courants sont ISO-2022-JP et Shift-JIS créé par Microsoft et basé sur le précédent. Ces deux systèmes d’encodage utilisent 8 à 16 bits (soit 1 à 2 octets) pour coder les caractères japonais. À l’origine c’était plutôt EUC-JP qui était utilisé (plutôt sur les systèmes Unix comme son nom l’indique) et codait les caractères sur 8 bits. Toujours est-il qu’il vaut mieux utiliser UTF-8 dans tous les cas !

Sachez enfin que du fait des spécificités de l’écriture japonaise, les annonceurs utilisent une méthode bien particulière pour faire connaître les mots-clefs à taper aux consommateurs. Ces derniers utilisent une barre de texte (voir figure ci-dessous) dans leurs publicités qui contiennent le mot-clef en question. Par exemple, keshô (化粧) pour du maquillage voire un mot-clef bien particulier qu’on ne trouverait pas dans le dictionnaire comme le nom de la société ou de la marque.

Les annonceurs incitent à chercher le mot-clef maquillage dans les moteurs

En ce qui concerne la structure d’un site japonais je crois qu’il n’y a rien de spécifique à préciser par rapport à un site français. Chaque page et information doit rester facilement accessible en peu de clics. Les catégories de pages doivent porter des noms simples, courts et évocateurs – bien sûr avec des mots-clefs japonais ! N’oubliez pas également de proposer une carte du site textuelle pour les humains et un robots.txt pour les robots des moteurs de recherche.

Les liens : noms de domaines japonais et indexation des pages

Le premier conseil pour un site en japonais qui doit être visible sur les moteurs japonais est bien sûr d’opter pour un TLD japonais (.jp, .co.jp, .ne.jp, .or.jp…). Le site sera mieux référencé sur Google Japan et à fortiori sur Google en langue japonaise. Notez la subtilité dans les logos des deux Google. C’est marqué « japon » ou nihon (日本) sur Google Japan alors que c’est marqué « japonais » ou nihongo (日本語) sur Google.com en japonais !

Il est possible de trouver des noms de domaines en japonais depuis que l’ICANN a approuvé cela en 2010. Notez également que Wikipedia Japan propose des adresses avec des noms de pages en japonais comme par exemple celle dédiée au référencement naturel (検索エンジン最適化). Cela peut s’avérer bénéfique de placer vos mots-clefs stratégiques en japonais directement dans le nom des pages ! Vous pouvez aussi mettre des mots japonais en rômaji (ローマ字) dans le nom de pages puisque Google comprend ce système de transcription.

Rechercher en rômaji dans Google Japan

Sachez que goo utilise la base de données d’indexation de Google Japan, c’est à dire que si vous êtes référencés sur Google vous le serez également sur goo. Prenons par exemple ce blog. Une centaine de pages (index secondaire compris) y est indexée sur Google Japan alors que moins de cent pages du blog le sont sur goo qui semble utiliser l’index primaire de Google comme de nombreux autres moteurs de recherche.

756 pages indexées pour le blog sur Google Japan (en japonais)
Nombre de pages du blog indexées sur Google Japan.

83 pages indexées pour le blog sur goo (en japonais)
Nombre de pages du blog indexées sur goo.

Depuis quelques années les réseaux sociaux sont souvent désignés comme le quatrième pilier du référencement. Au Japon, autant dire que j’ai rarement vu des pages Facebook dédiées à un site. Il faut dire que ce réseau social a du mal à s’installer là-bas où c’est plutôt mixi (ミクシィ) qui s’impose. Encore une fois je n’y ai jamais vu de page dédiée à la promotion d’un site. C’est plutôt sur d’autres réseaux sociaux dédiés aux mobiles tels que Gree ou Mobage que des actions marketing peuvent éventuellement être déployées. À mes yeux Twitter est tout à fait adapté dans une optique de référencement naturel surtout depuis juillet 2011 avec l’apparition des hashtags en japonais comme #なでしこジャパン 🙂

10 thoughts on “Référencement naturel d’un site japonais”

  1. Pas mal l’article pour référencer un site sur les moteurs japonais, ensuite je pense que les mœurs diffèrent de l’occident donc également la façon de chercher les infos, les besoins et sans compter les différents sens de langage etc…

  2. Le sujet du référencement naturel est un truc qui m’intéresse mais auquel je ne comprends pas grand chose. Je me dis toujours qu’il faut que je prenne le temps de me pencher sur la question… et je fais autre chose :p

    Et pourtant, j’ai lu cet article avec attention (alors que je n’ai pas l’ambition d’être référencée au Japon !). Très clair, je trouve qu’il donne aussi un éclairage passionnant sur la spécificité du web japonais. Sans lire la langue, on se rend compte qu’une partie du net est très difficilement accessible.

    Je ne sais pas si le même phénomène existe pour d’autres langues (russe, arabe…).
    La particularité du web japonais est aussi d’être hyper actif et très dynamique avec une grande curiosité des internautes. Mon blog – en français – a été recensé sur un site japonais. En deux jours j’ai fait autant de visites qu’en un mois. J’ai les mêmes échos d’amies inscrites sur pixiv qui reçoivent souvent des visites sur leur site via leur profil pixiv. Les japonais ont au moins l’avantage sur nous : ils lisent notre alphabet 🙂

    François, ton article est vraiment super !

    1. Merci pour ton commentaire ! Tu peux essayer de lire le guide du référencement de Google en français si tu veux approfondir le sujet facilement 🙂

      C’est vrai que les autres langues dont le système d’écriture est spécial doivent également avoir leurs propres spécificités. Le champ lexical du contenu d’un site en japonais doit sans doute être impacté par les mœurs comme le suggère le commentaire de Belkacem au dessus.

      Tiens je ne connaissais pas pixiv ! Je vais m’y intéresser dans la journée 🙂

  3. Pixiv est THE site pour les graphistes qui veulent se faire connaître. C’est plus performant que Deviant Art et surtout, il y a moins de soucis de contre-façon.

  4. Bonjour, j’ai une petite question (qui vient un peu 1an et demi après l’article mais bon…).

    Savez vous s’il est nécessaire ou intéressant d’avoir un domaine en .jp pour mieux référencer son site au japon ?

    Je lance une extension de mon site en japonais et j’hésite, pour les url concernés, entre :

    monsite.jp et monsite.com/jp (car j’ai déjà le .com bien entendu et le .jp coûte très cher, 72€/an sur gandi…)

    Merci d’avance pour votre retour et bonne journée

    1. Bonsoir Arthur,

      Si vous souhaitez être bien positionné au Japon c’est préférable. En revanche, pour être correctement positionné en langue japonaise je ne suis pas en mesure d’estimer si c’est nécessaire. Peut-être une optimisation différente serait préférable notamment sur le contenu en japonais.

      Avez-vous regardé les tarifs des autres prestataires de noms de domaines ?

      François

  5. Merci beaucoup de votre retour.

    J’ai regardé rapidement :

    OVH ne le propose pas.
    1and1 ne le propose pas.
    Gandi le propose à 72€ ht / an
    PlanetWork à 79€ ht/ an
    LWS à 99€ ht / an
    Jp-domains à 59$ / an (mais leur site m’inspire moins confiance qu’un gandi.net)

    Sinon, nous prévoyons en effet d’avoir un contenu sur ce site entièrement en japonais.

    Les japonais sont ils sensibles à la différence entres les .jp et les .co.jp ??

    Merci beaucoup et bonne journée / soirée / nuit (je ne sais pas trop quelle heure il est au japon !!)

    1. Bonjour Arthur,

      Merci pour le comparatif de prix entre prestataires ! Il me semblait avoir vu le .jp moins cher que 72 euros il y a quelques mois/années.

      Je pense que le .co.jp est plus approprié pour un usage commercial (d’où le « co ») au même titre que le .com l’est par rapport au .fr. Si vous souhaitez faire un blog en japonais par exemple je pense que le .jp est un meilleur choix même si je ne pense pas que cela joue énormément sur votre positionnement dans les moteurs de recherche (japonais).

      Merci pour votre salutation mais je ne me trouve en fait pas au Japon ! Le titre du blog porte à confusion volontairement. J’habite en France (près de Lille) et n’ai voyagé qu’une fois pour l’instant au Japon (en octobre 2010). Ce blog est principalement un fil rouge pour raconter mes voyages au Japon (le prochain durera à nouveau trois semaines et aura lieu en mai 2013) !

      Bonne journée à vous !
      François

  6. Merci pour ce topo sur le référencement naturel des sites japonais 😉
    La langue et le fait qu’il n’y ait pas UN moteur de recherche à privilégier, mais plusieurs, pimentent vraiment la problématique de référencement naturel pour ce pays !
    A cela j’ajouterai que les internautes japonais ont des habitudes bien différentes de leurs homologues occidentaux, en terme de navigation, et de sensibilité à certaines publicité (et pas d’autres) ..

    Le référencement naturel au Japon est une problématique vraiment intéressante.

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